Cuisine portugaise : pasteis de nata, bacalhau et vocabulaire
Cuisine portugaise : pasteis de nata, bacalhau et vocabulaire
Cuisine portugaise : pasteis de nata, bacalhau et vocabulaire

Xi HUANG
·
21 juillet 2026

Photo : Nick Fewings sur Unsplash.
Il y a une scène que beaucoup de familles d'origine portugaise connaissent par cœur. La grand-mère est devant la gazinière, elle commente ce qu'elle fait à voix haute, en portugais. Vous comprenez le sens général — elle demande le sel, elle dit que ce n'est pas encore prêt — mais vous seriez incapable d'écrire un seul de ces mots, encore moins de lui répondre autrement que par « sim, sim ». Cette compréhension partielle, héritée par l'oreille et jamais par l'école, est très répandue dans les deuxièmes et troisièmes générations installées en Essonne.
Cet article part de là. Nous allons reprendre le vocabulaire cuisine portugaise que vous avez probablement déjà entendu sans jamais l'apprendre : les plats, les ingrédients, les gestes. Et nous allons nous en servir comme porte d'entrée vers la prononciation du portugais européen — celle du Portugal, pas celle du Brésil — qui est précisément ce qui rend cette langue si difficile à décoder à l'oreille.
La cuisine, dernier lieu de transmission
Quand une famille émigre, la langue est souvent la première chose sacrifiée. Les parents arrivés en France dans les années 1960 et 1970 ont massivement choisi de parler français à leurs enfants, parfois parce qu'on le leur conseillait fermement à l'école. Le portugais est resté la langue des adultes entre eux, celle des coups de téléphone au village.
Mais la cuisine, elle, n'a pas été abandonnée. On a continué à faire le bacalhau le soir du 24 décembre, à rapporter du chouriço dans la valise, à monter les pastéis pour les baptêmes. Résultat : c'est dans le champ lexical culinaire que le portugais familial a le mieux survécu. Vous connaissez peut-être trente noms de plats sans savoir conjuguer un verbe. Ce n'est pas un handicap, c'est un point de départ inhabituellement solide.
Les mots que vous entendez déjà
Les ingrédients de base
La cuisine portugaise repose sur un socle restreint et très reconnaissable. Les mots reviennent en boucle d'une recette à l'autre :
o azeite — l'huile d'olive, omniprésente, à ne pas confondre avec o óleo (huile neutre)
o alho — l'ail ; a cebola — l'oignon
os coentros — la coriandre, marqueur du Sud ; a salsa — le persil
o colorau — le paprika doux qui donne sa couleur aux plats mijotés
o grão — le pois chiche ; o feijão — le haricot ; a couve — le chou
a broa — le pain de maïs dense du Nord ; o pão — le pain
o chouriço, a alheira, o presunto — la charcuterie fumée
Les gestes
C'est là que la plupart des héritiers de la langue décrochent : les verbes de cuisine sont rarement enseignés, et pourtant ce sont eux qu'on entend le plus.
refogar — faire revenir l'oignon et l'ail dans l'huile d'olive ; le refogado est la base de presque tout
demolhar — dessaler la morue en la laissant tremper, souvent trois jours, en changeant l'eau
temperar — assaisonner, mariner
estufar / apurar — étuver ; laisser réduire jusqu'à ce que le goût se concentre
desfiar — effilocher (la morue, le poulet) ; as lascas — les lamelles de morue
levar ao forno — enfourner
Apprendre ces six verbes change immédiatement votre compréhension d'une conversation de cuisine : ce sont eux qui structurent le discours.
Ce que « pastéis de nata » et « bacalhau » racontent vraiment
Un point de grammaire utile avant tout : au singulier on dit um pastel de nata, au pluriel dois pastéis de nata. Beaucoup de francophones disent « un pastel de nata » puis « des pastel », ou l'inverse. Nata désigne la crème. Quant aux pastéis de Belém, ce n'est pas un synonyme : l'appellation est réservée à la pâtisserie de Belém, à Lisbonne, qui détient la recette issue du monastère des Hiéronymites. Tous les autres sont des pastéis de nata.
Le bacalhau mérite une note d'histoire. La morue ne vit pas dans les eaux portugaises : elle vient de Terre-Neuve, pêchée pendant des siècles par les morutiers portugais, salée et séchée pour tenir la traversée. C'est un aliment de conservation devenu identité nationale — on l'appelle o fiel amigo, « le fidèle ami ». La tradition veut qu'il existe une recette par jour de l'année. Quelques-unes que vous avez peut-être mangées sans en connaître le nom : bacalhau à Brás (effiloché, pommes paille, œuf), bacalhau com natas (gratiné à la crème), bacalhau à Gomes de Sá, ou simplement bacalhau cozido com todos — poché avec pommes de terre, chou et œuf, le plat du réveillon de Noël dans une grande partie des familles.
La prononciation portugaise européenne, à partir de ces mots
Si le portugais du Portugal vous semble impossible à suivre alors que le portugais brésilien vous paraît clair, ce n'est pas votre oreille qui est en cause. Le portugais européen réduit ou avale une grande partie de ses voyelles, ce qui donne une langue très consonantique, dense, avec peu de repères. Voici les trois mécanismes principaux, illustrés par le vocabulaire ci-dessus.
Les voyelles avalées
Les voyelles non accentuées se réduisent fortement. Le e atone devient un son très bref, presque inaudible : pequeno s'entend « p'kénou », cebola « s'bola », de se réduit à un souffle. Le o final se prononce systématiquement « ou » : alho donne « al-you », chouriço « chou-ri-sou ». Le a non accentué s'assourdit aussi : bacalhau s'entend approximativement « b'ka-lyaou ».
Les chuintantes
C'est la signature sonore du Portugal. Le s en fin de mot ou devant consonne sourde se prononce « ch » : pastéis se dit « pach-téïch », os coentros « ouch kouentrouch ». Devant une consonne sonore, il devient « j » : desde se dit « déjde ». Le x chuinte également : peixe (le poisson) donne « péïche », mexer (remuer) « m'chér ». Cette accumulation de chuintantes est ce qui fait dire que le portugais européen « sonne slave ».
Les mouillures et les nasales
lh se prononce comme le « gli » italien, un l mouillé : alho, bacalhau, mexilhão (la moule), milho (le maïs). nh correspond à notre « gn » : banha (le saindoux), farinha (la farine), pinhão (le pignon). Enfin, la diphtongue nasale ão — pão, feijão, limão — n'a pas d'équivalent français ; elle se travaille à l'oreille, en partant d'un « an » qu'on referme vers « ou ». Son pluriel se fait en -ões : limões, feijões.
Chaque plat vient d'un endroit précis
Demander « d'où vient votre famille ? » et « que mangez-vous à Noël ? » revient souvent à poser la même question. Les plats servis chez vos grands-parents désignent une région avec une précision presque cadastrale.
Minho et Nord : caldo verde (soupe de chou finement émincé, pomme de terre, rondelle de chouriço), broa de milho, vinho verde
Trás-os-Montes : alheira, fumeiro, feijoada à transmontana — pays de charcuterie et de montagne
Porto : tripas à moda do Porto, francesinha
Bairrada : leitão, le cochon de lait rôti
Alentejo : açorda, migas, ensopado de borrego — une cuisine de pain, d'huile d'olive et d'agneau
Algarve : cataplana, poissons et coquillages
Açores et Madère : cozido das Furnas cuit dans la terre volcanique, bolo do caco
Poser ces mots à voix haute avec un aîné de la famille déclenche presque toujours un récit — le village, le four à pain, le départ. C'est, très concrètement, une méthode d'apprentissage : apprendre autrement, apprendre en s'amusant, en faisant du vocabulaire un prétexte à faire parler ceux qui savent.
Pour aller plus loin
Soyons francs sur les limites de l'exercice. Ce socle culinaire vous donne du lexique concret et un accès privilégié à la prononciation, mais il ne remplace pas l'apprentissage de la grammaire : le portugais a deux verbes « être » (ser et estar), un système de temps du passé exigeant et une conjugaison qui demande du travail régulier. En revanche, partir de mots chargés affectivement rend ce travail nettement moins abstrait qu'un manuel généraliste.
Trois pistes concrètes pour commencer :
Choisissez une recette familiale et faites-vous la dicter en portugais, en notant les verbes plutôt que les quantités.
Écoutez de la radio ou des podcasts du Portugal, pas du Brésil : votre oreille doit s'habituer aux voyelles réduites.
Lisez à voix haute des étiquettes de produits portugais — c'est un entraînement gratuit et très efficace aux chuintantes.
Si vous souhaitez transformer cette compréhension passive en conversation réelle, avec quelqu'un qui corrige votre prononciation en direct, nos cours de portugais à Massy accueillent aussi bien les héritiers de la langue que les conjoints qui veulent enfin suivre un repas de famille de bout en bout.
Xi HUANG
Il y a une scène que beaucoup de familles d'origine portugaise connaissent par cœur. La grand-mère est devant la gazinière, elle commente ce qu'elle fait à voix haute, en portugais. Vous comprenez le sens général — elle demande le sel, elle dit que ce n'est pas encore prêt — mais vous seriez incapable d'écrire un seul de ces mots, encore moins de lui répondre autrement que par « sim, sim ». Cette compréhension partielle, héritée par l'oreille et jamais par l'école, est très répandue dans les deuxièmes et troisièmes générations installées en Essonne.
Cet article part de là. Nous allons reprendre le vocabulaire cuisine portugaise que vous avez probablement déjà entendu sans jamais l'apprendre : les plats, les ingrédients, les gestes. Et nous allons nous en servir comme porte d'entrée vers la prononciation du portugais européen — celle du Portugal, pas celle du Brésil — qui est précisément ce qui rend cette langue si difficile à décoder à l'oreille.
La cuisine, dernier lieu de transmission
Quand une famille émigre, la langue est souvent la première chose sacrifiée. Les parents arrivés en France dans les années 1960 et 1970 ont massivement choisi de parler français à leurs enfants, parfois parce qu'on le leur conseillait fermement à l'école. Le portugais est resté la langue des adultes entre eux, celle des coups de téléphone au village.
Mais la cuisine, elle, n'a pas été abandonnée. On a continué à faire le bacalhau le soir du 24 décembre, à rapporter du chouriço dans la valise, à monter les pastéis pour les baptêmes. Résultat : c'est dans le champ lexical culinaire que le portugais familial a le mieux survécu. Vous connaissez peut-être trente noms de plats sans savoir conjuguer un verbe. Ce n'est pas un handicap, c'est un point de départ inhabituellement solide.
Les mots que vous entendez déjà
Les ingrédients de base
La cuisine portugaise repose sur un socle restreint et très reconnaissable. Les mots reviennent en boucle d'une recette à l'autre :
o azeite — l'huile d'olive, omniprésente, à ne pas confondre avec o óleo (huile neutre)
o alho — l'ail ; a cebola — l'oignon
os coentros — la coriandre, marqueur du Sud ; a salsa — le persil
o colorau — le paprika doux qui donne sa couleur aux plats mijotés
o grão — le pois chiche ; o feijão — le haricot ; a couve — le chou
a broa — le pain de maïs dense du Nord ; o pão — le pain
o chouriço, a alheira, o presunto — la charcuterie fumée
Les gestes
C'est là que la plupart des héritiers de la langue décrochent : les verbes de cuisine sont rarement enseignés, et pourtant ce sont eux qu'on entend le plus.
refogar — faire revenir l'oignon et l'ail dans l'huile d'olive ; le refogado est la base de presque tout
demolhar — dessaler la morue en la laissant tremper, souvent trois jours, en changeant l'eau
temperar — assaisonner, mariner
estufar / apurar — étuver ; laisser réduire jusqu'à ce que le goût se concentre
desfiar — effilocher (la morue, le poulet) ; as lascas — les lamelles de morue
levar ao forno — enfourner
Apprendre ces six verbes change immédiatement votre compréhension d'une conversation de cuisine : ce sont eux qui structurent le discours.
Ce que « pastéis de nata » et « bacalhau » racontent vraiment
Un point de grammaire utile avant tout : au singulier on dit um pastel de nata, au pluriel dois pastéis de nata. Beaucoup de francophones disent « un pastel de nata » puis « des pastel », ou l'inverse. Nata désigne la crème. Quant aux pastéis de Belém, ce n'est pas un synonyme : l'appellation est réservée à la pâtisserie de Belém, à Lisbonne, qui détient la recette issue du monastère des Hiéronymites. Tous les autres sont des pastéis de nata.
Le bacalhau mérite une note d'histoire. La morue ne vit pas dans les eaux portugaises : elle vient de Terre-Neuve, pêchée pendant des siècles par les morutiers portugais, salée et séchée pour tenir la traversée. C'est un aliment de conservation devenu identité nationale — on l'appelle o fiel amigo, « le fidèle ami ». La tradition veut qu'il existe une recette par jour de l'année. Quelques-unes que vous avez peut-être mangées sans en connaître le nom : bacalhau à Brás (effiloché, pommes paille, œuf), bacalhau com natas (gratiné à la crème), bacalhau à Gomes de Sá, ou simplement bacalhau cozido com todos — poché avec pommes de terre, chou et œuf, le plat du réveillon de Noël dans une grande partie des familles.
La prononciation portugaise européenne, à partir de ces mots
Si le portugais du Portugal vous semble impossible à suivre alors que le portugais brésilien vous paraît clair, ce n'est pas votre oreille qui est en cause. Le portugais européen réduit ou avale une grande partie de ses voyelles, ce qui donne une langue très consonantique, dense, avec peu de repères. Voici les trois mécanismes principaux, illustrés par le vocabulaire ci-dessus.
Les voyelles avalées
Les voyelles non accentuées se réduisent fortement. Le e atone devient un son très bref, presque inaudible : pequeno s'entend « p'kénou », cebola « s'bola », de se réduit à un souffle. Le o final se prononce systématiquement « ou » : alho donne « al-you », chouriço « chou-ri-sou ». Le a non accentué s'assourdit aussi : bacalhau s'entend approximativement « b'ka-lyaou ».
Les chuintantes
C'est la signature sonore du Portugal. Le s en fin de mot ou devant consonne sourde se prononce « ch » : pastéis se dit « pach-téïch », os coentros « ouch kouentrouch ». Devant une consonne sonore, il devient « j » : desde se dit « déjde ». Le x chuinte également : peixe (le poisson) donne « péïche », mexer (remuer) « m'chér ». Cette accumulation de chuintantes est ce qui fait dire que le portugais européen « sonne slave ».
Les mouillures et les nasales
lh se prononce comme le « gli » italien, un l mouillé : alho, bacalhau, mexilhão (la moule), milho (le maïs). nh correspond à notre « gn » : banha (le saindoux), farinha (la farine), pinhão (le pignon). Enfin, la diphtongue nasale ão — pão, feijão, limão — n'a pas d'équivalent français ; elle se travaille à l'oreille, en partant d'un « an » qu'on referme vers « ou ». Son pluriel se fait en -ões : limões, feijões.
Chaque plat vient d'un endroit précis
Demander « d'où vient votre famille ? » et « que mangez-vous à Noël ? » revient souvent à poser la même question. Les plats servis chez vos grands-parents désignent une région avec une précision presque cadastrale.
Minho et Nord : caldo verde (soupe de chou finement émincé, pomme de terre, rondelle de chouriço), broa de milho, vinho verde
Trás-os-Montes : alheira, fumeiro, feijoada à transmontana — pays de charcuterie et de montagne
Porto : tripas à moda do Porto, francesinha
Bairrada : leitão, le cochon de lait rôti
Alentejo : açorda, migas, ensopado de borrego — une cuisine de pain, d'huile d'olive et d'agneau
Algarve : cataplana, poissons et coquillages
Açores et Madère : cozido das Furnas cuit dans la terre volcanique, bolo do caco
Poser ces mots à voix haute avec un aîné de la famille déclenche presque toujours un récit — le village, le four à pain, le départ. C'est, très concrètement, une méthode d'apprentissage : apprendre autrement, apprendre en s'amusant, en faisant du vocabulaire un prétexte à faire parler ceux qui savent.
Pour aller plus loin
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Adultes
De zéro à vos premières phrases en allemand : une formation conçue pour les grands débutants et les faux débutants avec quelques notions. Willkommen — bienvenue dans votre apprentissage !

Allemand A2 - Élémentaire
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Adultes
Consolider vos bases et gagner en autonomie pour parler de votre quotidien, raconter vos expériences passées et exprimer vos goûts en allemand.

Allemand B1 - Seuil
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Adultes
Atteindre le seuil d'autonomie : argumenter, raconter en détail, comprendre l'essentiel d'un texte et soutenir une conversation en allemand sur des sujets familiers.

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