Keigo vs tameguchi : les niveaux de politesse japonais

Keigo vs tameguchi : les niveaux de politesse japonais

Keigo vs tameguchi : les niveaux de politesse japonais

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Xi HUANG

·

01 août 2026

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Photo : Leio McLaren sur Unsplash.

Vous avez appris à dire desu et masu, vous construisez des phrases correctes, et pourtant un jour un collègue japonais vous répond avec un sourire gêné. Vous n'avez pas fait de faute de grammaire : vous avez employé le mauvais registre. En japonais, dire une chose juste au mauvais niveau de politesse produit un effet que la grammaire seule n'explique pas.

La politesse en japonais, le keigo, est souvent présentée comme un mur infranchissable. Elle est en réalité un système logique, fondé sur une seule question : quelle est ma position relative à celle de mon interlocuteur, et de qui suis-je en train de parler ? Cet article décompose ce système et indique quel registre employer dans quelle situation.

Trois registres, pas seulement deux

On oppose souvent le keigo (langage honorifique) au tameguchi (langage familier). C'est une simplification utile mais incomplète. Le japonais fonctionne avec trois niveaux principaux.

Le tameguchi, ou forme neutre

C'est la langue des amis proches, de la famille, des camarades de même âge, et du japonais écrit non adressé — articles, romans, notes personnelles.

Le verbe apparaît sous sa forme de dictionnaire : taberu (manger), iku (aller), suru (faire). Les phrases se terminent souvent sans copule, ou avec da.

Point important, souvent mal compris : le tameguchi n'est pas « du japonais mal parlé ». C'est un registre à part entière, et l'employer au bon moment est aussi important que d'employer le keigo au bon moment. Un ami à qui vous parlez systématiquement en langue polie comprendra que vous maintenez une distance.

Le teineigo, ou forme polie

C'est le registre en -masu et desu : tabemasu, ikimasu, shimasu. Le japonais que l'on enseigne en premier, et à juste titre.

Il convient avec des inconnus, des collègues de même niveau hiérarchique, des commerçants, dans un contexte scolaire, et globalement dans toute situation où l'on hésite. C'est le registre de sécurité : légèrement trop poli entre amis, il ne sera jamais offensant, alors que l'inverse peut l'être.

Le keigo proprement dit

Le keigo au sens strict se subdivise en deux mécanismes complémentaires, et c'est ici que se situe la vraie difficulté.

  • Le sonkeigo (langage respectueux) élève l'interlocuteur ou la personne dont on parle. On l'emploie pour les actions de l'autre.

  • Le kenjōgo (langage humble) abaisse le locuteur et son groupe. On l'emploie pour ses propres actions face à quelqu'un de supérieur.

Exemple avec le verbe « venir » :

  • kuru — forme neutre

  • kimasu — forme polie

  • irasshaimasu — sonkeigo, pour dire que le client vient

  • mairimasu — kenjōgo, pour dire que je viens

Employer irasshaimasu pour parler de soi est une faute classique et immédiatement perceptible : cela revient à s'honorer soi-même.

La logique du groupe : uchi et soto

Voici la clé que beaucoup de manuels traitent trop tard, et qui rend tout le reste cohérent.

Le japonais distingue uchi (l'intérieur, mon groupe) et soto (l'extérieur). On abaisse toujours son propre groupe et on élève le groupe extérieur.

Conséquence concrète, contre-intuitive pour un francophone : au téléphone avec un client, vous parlerez de votre propre directeur en langage humble, sans le suffixe honorifique, alors qu'en interne vous l'appelleriez buchō avec déférence. Il est de votre groupe, donc face à l'extérieur, il s'abaisse avec vous.

Cette règle explique aussi pourquoi on ne dit jamais -san après son propre nom, ni après le nom d'un membre de sa famille quand on s'adresse à quelqu'un d'extérieur.

Quel registre dans quelle situation

Un tableau mental simple, qui couvre l'essentiel du quotidien :

  1. Amis proches, même âge, famille → tameguchi.

  2. Collègues de même niveau, connaissances, camarades de cours → teineigo.

  3. Supérieur hiérarchique, professeur, client, personne plus âgée → teineigo systématique, avec du sonkeigo et du kenjōgo sur les verbes courants.

  4. Service à la clientèle, du côté du personnel → keigo complet, très codifié.

  5. Vous en tant que client → teineigo suffit ; le personnel emploiera le keigo, vous n'avez pas à le rendre.

Une observation rassurante pour un apprenant étranger : la société japonaise n'attend pas d'un non-natif la même maîtrise que d'un natif. Employer correctement le teineigo, avec quelques formules honorifiques bien placées, produit une excellente impression. L'erreur pénalisante n'est pas d'être imparfait en keigo, c'est d'être trop familier trop tôt.

Les verbes irréguliers à connaître en priorité

Le keigo repose largement sur des verbes de substitution. Une dizaine couvre l'essentiel :

  • Faire : surunasaimasu (respect) / itashimasu (humble)

  • Dire : iuosshaimasu / mōshimasu

  • Voir : mirugoran ni narimasu / haiken shimasu

  • Manger : taberumeshiagarimasu / itadakimasu

  • Être, se trouver : iruirasshaimasu / orimasu

  • Savoir : shirugozonji desu / zonjite orimasu

Vous en connaissez déjà certains sans le savoir : itadakimasu, prononcé avant de manger, est un kenjōgo, et irasshaimase, lancé à l'entrée des boutiques, vient de irassharu.

Comment travailler le keigo sans s'y noyer

Quelques principes de méthode qui font gagner beaucoup de temps :

  • N'attaquez pas le keigo avant d'être solide en teineigo. Il se construit dessus ; l'aborder trop tôt crée de la confusion.

  • Apprenez par situations, pas par tableaux. Une scène complète — entrer dans une boutique, se présenter en réunion, téléphoner — ancre le registre avec son contexte.

  • Regardez des dramas d'entreprise. Le japonais de bureau y est très codifié et vous entendrez le passage d'un registre à l'autre entre deux répliques.

  • Observez les changements de registre. Dans les séries comme dans les manga, un personnage qui passe soudain au tameguchi signale un changement de relation. Repérer ces bascules vaut tous les exercices.

  • Pratiquez en jeu de rôle. C'est la seule manière de rendre le choix de registre automatique plutôt que réfléchi.

Ce dernier point est celui où un cours apporte le plus. Le keigo se joue en interaction : il faut quelqu'un en face, avec un statut défini, et un enseignant capable de vous signaler à chaud que vous venez de vous honorer vous-même. C'est ainsi que nous l'abordons chez MALAC, à Massy, avec des mises en situation professionnelles et quotidiennes — apprendre autrement, apprendre en s'amusant, y compris sur un sujet réputé aussi austère.

Pour aller plus loin

Trois repères à conserver :

  1. Le teineigo en -masu est votre registre de sécurité : jamais offensant, toujours acceptable.

  2. Le sonkeigo élève l'autre, le kenjōgo vous abaisse ; confondre les deux est l'erreur la plus visible.

  3. La logique uchi / soto explique la plupart des cas qui semblent contre-intuitifs.

Pour situer ce sujet dans un parcours complet — kana, kanji, niveaux du JLPT, durée réaliste d'apprentissage —, consultez notre guide complet du japonais. Nos cours pour adultes, en présentiel comme en visio, sont présentés sur la page cours de japonais.

Xi HUANG

Vous avez appris à dire desu et masu, vous construisez des phrases correctes, et pourtant un jour un collègue japonais vous répond avec un sourire gêné. Vous n'avez pas fait de faute de grammaire : vous avez employé le mauvais registre. En japonais, dire une chose juste au mauvais niveau de politesse produit un effet que la grammaire seule n'explique pas.

La politesse en japonais, le keigo, est souvent présentée comme un mur infranchissable. Elle est en réalité un système logique, fondé sur une seule question : quelle est ma position relative à celle de mon interlocuteur, et de qui suis-je en train de parler ? Cet article décompose ce système et indique quel registre employer dans quelle situation.

Trois registres, pas seulement deux

On oppose souvent le keigo (langage honorifique) au tameguchi (langage familier). C'est une simplification utile mais incomplète. Le japonais fonctionne avec trois niveaux principaux.

Le tameguchi, ou forme neutre

C'est la langue des amis proches, de la famille, des camarades de même âge, et du japonais écrit non adressé — articles, romans, notes personnelles.

Le verbe apparaît sous sa forme de dictionnaire : taberu (manger), iku (aller), suru (faire). Les phrases se terminent souvent sans copule, ou avec da.

Point important, souvent mal compris : le tameguchi n'est pas « du japonais mal parlé ». C'est un registre à part entière, et l'employer au bon moment est aussi important que d'employer le keigo au bon moment. Un ami à qui vous parlez systématiquement en langue polie comprendra que vous maintenez une distance.

Le teineigo, ou forme polie

C'est le registre en -masu et desu : tabemasu, ikimasu, shimasu. Le japonais que l'on enseigne en premier, et à juste titre.

Il convient avec des inconnus, des collègues de même niveau hiérarchique, des commerçants, dans un contexte scolaire, et globalement dans toute situation où l'on hésite. C'est le registre de sécurité : légèrement trop poli entre amis, il ne sera jamais offensant, alors que l'inverse peut l'être.

Le keigo proprement dit

Le keigo au sens strict se subdivise en deux mécanismes complémentaires, et c'est ici que se situe la vraie difficulté.

  • Le sonkeigo (langage respectueux) élève l'interlocuteur ou la personne dont on parle. On l'emploie pour les actions de l'autre.

  • Le kenjōgo (langage humble) abaisse le locuteur et son groupe. On l'emploie pour ses propres actions face à quelqu'un de supérieur.

Exemple avec le verbe « venir » :

  • kuru — forme neutre

  • kimasu — forme polie

  • irasshaimasu — sonkeigo, pour dire que le client vient

  • mairimasu — kenjōgo, pour dire que je viens

Employer irasshaimasu pour parler de soi est une faute classique et immédiatement perceptible : cela revient à s'honorer soi-même.

La logique du groupe : uchi et soto

Voici la clé que beaucoup de manuels traitent trop tard, et qui rend tout le reste cohérent.

Le japonais distingue uchi (l'intérieur, mon groupe) et soto (l'extérieur). On abaisse toujours son propre groupe et on élève le groupe extérieur.

Conséquence concrète, contre-intuitive pour un francophone : au téléphone avec un client, vous parlerez de votre propre directeur en langage humble, sans le suffixe honorifique, alors qu'en interne vous l'appelleriez buchō avec déférence. Il est de votre groupe, donc face à l'extérieur, il s'abaisse avec vous.

Cette règle explique aussi pourquoi on ne dit jamais -san après son propre nom, ni après le nom d'un membre de sa famille quand on s'adresse à quelqu'un d'extérieur.

Quel registre dans quelle situation

Un tableau mental simple, qui couvre l'essentiel du quotidien :

  1. Amis proches, même âge, famille → tameguchi.

  2. Collègues de même niveau, connaissances, camarades de cours → teineigo.

  3. Supérieur hiérarchique, professeur, client, personne plus âgée → teineigo systématique, avec du sonkeigo et du kenjōgo sur les verbes courants.

  4. Service à la clientèle, du côté du personnel → keigo complet, très codifié.

  5. Vous en tant que client → teineigo suffit ; le personnel emploiera le keigo, vous n'avez pas à le rendre.

Une observation rassurante pour un apprenant étranger : la société japonaise n'attend pas d'un non-natif la même maîtrise que d'un natif. Employer correctement le teineigo, avec quelques formules honorifiques bien placées, produit une excellente impression. L'erreur pénalisante n'est pas d'être imparfait en keigo, c'est d'être trop familier trop tôt.

Les verbes irréguliers à connaître en priorité

Le keigo repose largement sur des verbes de substitution. Une dizaine couvre l'essentiel :

  • Faire : surunasaimasu (respect) / itashimasu (humble)

  • Dire : iuosshaimasu / mōshimasu

  • Voir : mirugoran ni narimasu / haiken shimasu

  • Manger : taberumeshiagarimasu / itadakimasu

  • Être, se trouver : iruirasshaimasu / orimasu

  • Savoir : shirugozonji desu / zonjite orimasu

Vous en connaissez déjà certains sans le savoir : itadakimasu, prononcé avant de manger, est un kenjōgo, et irasshaimase, lancé à l'entrée des boutiques, vient de irassharu.

Comment travailler le keigo sans s'y noyer

Quelques principes de méthode qui font gagner beaucoup de temps :

  • N'attaquez pas le keigo avant d'être solide en teineigo. Il se construit dessus ; l'aborder trop tôt crée de la confusion.

  • Apprenez par situations, pas par tableaux. Une scène complète — entrer dans une boutique, se présenter en réunion, téléphoner — ancre le registre avec son contexte.

  • Regardez des dramas d'entreprise. Le japonais de bureau y est très codifié et vous entendrez le passage d'un registre à l'autre entre deux répliques.

  • Observez les changements de registre. Dans les séries comme dans les manga, un personnage qui passe soudain au tameguchi signale un changement de relation. Repérer ces bascules vaut tous les exercices.

  • Pratiquez en jeu de rôle. C'est la seule manière de rendre le choix de registre automatique plutôt que réfléchi.

Ce dernier point est celui où un cours apporte le plus. Le keigo se joue en interaction : il faut quelqu'un en face, avec un statut défini, et un enseignant capable de vous signaler à chaud que vous venez de vous honorer vous-même. C'est ainsi que nous l'abordons chez MALAC, à Massy, avec des mises en situation professionnelles et quotidiennes — apprendre autrement, apprendre en s'amusant, y compris sur un sujet réputé aussi austère.

Pour aller plus loin

Trois repères à conserver :

  1. Le teineigo en -masu est votre registre de sécurité : jamais offensant, toujours acceptable.

  2. Le sonkeigo élève l'autre, le kenjōgo vous abaisse ; confondre les deux est l'erreur la plus visible.

  3. La logique uchi / soto explique la plupart des cas qui semblent contre-intuitifs.

Pour situer ce sujet dans un parcours complet — kana, kanji, niveaux du JLPT, durée réaliste d'apprentissage —, consultez notre guide complet du japonais. Nos cours pour adultes, en présentiel comme en visio, sont présentés sur la page cours de japonais.

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